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Description du procédé
LE MONDE SUR LE FIL de Fassbinder NEW MASTER
L’importance du MONDE SUR LE FILpour le cinéma allemand est presque inestimable. Le film en deux épisodes est l’une des premières productions que Fassbinder a fait pour la Westdeutscher Rundfunk (WDR). Avec BERLIN ALEXANDERPLATZ et HUIT HEURES NE FONT PAS UN JOUR, ce filmfait sans aucun doute partie des ses oeuvres les plus importants pour la télévision. De plus, le film traite d’un sujet qui est, encore aujourd’hui, d’une extrême actualité. Fassbinder a adapté très librement la thématique du roman-clé Simulacron 3 de Daniel F. Galouye. À une époque où personne n’aurait encore imaginé l’existence d’une “réalité virtuelle”, Fassbinder a fait son film sur le sujet.
„C’est une très belle histoire qui s’appelle Le Monde sur le fil et qui décrit un monde où l’on peut, grâce à un ordinateur, créer des projections d’êtres humains. Ce qui fait, évidemment, naître le doute à quel point on n’est soi-même qu’une projection, car à l’intérieur de ce modèle de pensée, les projections ressemblent à la réalité. Peut-être qu’un autre monde plus grand nous a-t’il créés comme modèle de pensée? Il s’agit ici d’un vieux modèle philosophique qui provoque une certaine angoisse. J’ai essayé dans ce film de travailler avec tous les moyens techniques dont je disposais de manière la plus parfaite et précise possible.“ *'
LE MONDE SUR LE FIL est l’un des rares films allemands de science fiction de cette époque. Déjà en 1973, on reconnut une importance au film qui avait, comme on pouvait lire dans le Süddeutsche Zeitung du 18 octobre 1973 à l’occasion du premier passage à l’antenne „(...) tout à fait sa place à côté d’Alphaville de Godard et de Fahrenheit 451 de Truffaut. Et cela ce n’est quand même pas rien.” Face à la numérisation progressive de la réalité – jusqu’à la peur que la réalité puisse se dissoudre dans la virtualité et dans la surveillance – LE MONDE SUR LE FIL est d’une actualité extrême, car il pose déjà, en 1973, la question d’un „Second life“. Et il radicalise encore la question jusqu’à dire: Quelle réalité est la réalité réelle? Lequel des deux mondes de simulation est en train de simuler l’autre, afin d’obtenir des prognostics reliables sur son propre monde? Dans quelle mesure est-il possible pour quelqu’un - qui fait partie d’une possible simulation – de reconnaître celle-ci? Au début du deuxième épisode du MONDE SUR LE FIL, le protagoniste Stiller (Klaus Löwitsch) dit: „Qui peut dire au juste si nous aussi ne sommes qu’un ordinateur? Vous, moi, tout le monde ici. Peut-être que nous ne sommes que des circuits électriques.”
Fassbinder transpose ces questions abstraites de manière pragmatique et divertissante. Lui-même dit surLEMONDE SUR LE FIL que „(...) la chose la plus importante est que le film puisse divertir le spectateur. Car le nouveau cinéma allemand a manqué depuis longtemps de divertir son public. Nous les réalisateurs essayons avant tout de représenter des problèmes, sans nous questionner si cela peut divertir. A mon avis, il faut être capable de faire les deux. Et si cela fonctionne, on pourra peut-être un jour faire un film qui aura du succès à l’échelle internationale.” *''
Pour Fassbinder, LE MONDE SUR LE FIL était aussi un premier pas pour sortir de ses popres chemins battus, surtout par la collaboration avec le chef-opérateur Michael Ballhaus qui aboutit à des résultats absolument singuliers. C’est pour cette raison que Wolf Donner parle dans Die Zeit lors du premier passage à l'antenne du film le 19 octobre 1973 „(...) d’une densité et originalité, dont la composition est tellement parfaite et professionnelle, qu’aujourd’hui dans le cinéma allemand personne d’autre n’aurait pu l’évoquer comme Fassbinder (...).“ L’importance extraordinaire du film est soulignée par un deuxième point: Avec le téléfilm en deux épisodes LA FEMME DU CHEF DE GARE réalisé quatre ans plus tard, LE MONDE SUR LE FIL est le plus vaste projet de collaboration entre Rainer Werner Fassbinder et Michael Ballhaus et montre tous les éléments qui caractérisent leurs projets communs dans les années 70. En commençant par WHITY(1970), le huitième long-métrage de Fassbinder, où l’équipe Fassbinder-Ballhaus explore toutes les possibilités cinématographiques d’un western classique moderne. Pour ceci, ils utilisent les possibilités du format cinmascope. Grâce à leurs expériences communes lors des tournages de PRENEZ GARDE À LA SAINTE PUTAIN (1970)et des LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT (1972), ils atteignent le sommet de leur capacités stylistiques avec LE MONDE SUR LE FIL. C’est alors que se révèle l’écriture singulière sur laquelle les deux artistes ont longuement travaillé, une suite complexe d’images et de perspectives – ce qui par la suite sera glorifié dans le monde entier comme “le style Fassbinder”. Les concepts d’espace virtuels inspirés par le roman paraissent à la fois réels et futuristes. C’est par l’utilisation de miroirs et de différentes perspectives de caméra, que ses deux artistes ont effectué la mise en scène optique d’un monde qui essaie de s’assurer de sa propre réalité tout en la mettant en doute.
En 2010, à l’occasion des 75 ans de Michael Ballhaus et des 65 ans de Fassbinder, la Rainer Werner Fassbinder Foundation (RWFF) rendra accessible au public intéressé une édition DVD de ce chef d’oeuvre en deux épisodes. Car toutes les questions existentielles soulevées par le film, ainsi que leur traitement passionnant et divertissant, se sont déroulés jusqu’ici à huis clos. Après son premier passage à l’antenne en 1973, il n’est passé que très rarement dans le programme de l’ARD. Dernièrement, il a été montré à l’occasion des deux grandes retrospectives de l’oeuvre de Fassbinder, en 1997 à New York et en 2005 à Paris, dans une copie sur 35mm que la RWFF avait fait fabriquer déjà en 1996. Depuis, il y a eu des dizaines de demandes qui montrent à quel point le film et son sujet suscitent encore un vif intérêt, surtout aujourd’hui.
La RWFF s’éstime très heureuse que Michael Ballhausa ait pris la direction artistique du projet et qu’il le soutient par sa connaissance des effets lumière originaux.
L’objectif principal de la restauration est de fabriquer un master numérisé –directement à partir de la pélicule originale en format 16mm, afin de pouvoir utiliser non seulement la diffusion sur DVD, mais aussi les nouveau réseaux numériques de diffusion et de présentation. Pour cela, il était nécessaire d’acquérir aussi les droits pour une exploitation en dehors de la télévision. Sur la base de nos longues années d’expérience dans le domaine de la restauration de films – dernièrement avec BERLIN ALEXANDERPLATZ: Remastered en 2006/2007 –, nous relevons maintenant le défi de restaurer l’une des oeuvres centrales et une des plus complexes de la collaboration entre Fassbinder et Ballhaus. La publication de ces matériaux existants ne servira pas seulement à sauvegarder l’une des oeuvres les plus importantes du film de science fiction allemand, elle rendra aussi à nouveau accessible au public cette oeuvre pratiquement inconnue.
L’exploitation du MONDE SUR LE FIL s’appuie sur le réseaux international des preneurs de licence pour l’oeuvre de Fassbinder. A l’heure actuelle, nous avons déjà conclu des contrats d’exploitation pour l’édition DVD, en Allemagne (Kinowelt/Arthaus), en France (Carlotta Films), au pays du Benelux (Lumière) et en Espagne (Avalon). Nous sommes également en négociation avec notre partenaire Criterion aux États-Unis ainsi qu’avec d’autres organismes intéressés.
La première de la version restaurée et numérisée aura lieu à Berlin. L’oeuvre sera ensuite présentée à New York, au Museum of Modern Art (MoMA) qui est, avec la Kulturstiftung des Bundes et le Medienboard Berlin-Brandenburg l’un des principaux financeurs du projet.
Berlin, février 2009
*' RWF, 1973 – cité par Fischer, Robert (ed.): Fassbinder über Fassbinder, Frankfurt/Main, 2004, p. 262
*'' RWF, 1973 – cité d’après Fischer, Robert:ibid, p. 263
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