VOLKER SCHLÖNDORFF

Au lieu d’une expertise

J’ai pris un plaisir extraordinaire à revoir LE MONDE SUR LE FIL, et je souhaite que dans l’avenir, beaucoup de spectateurs puissent faire cette expérience avec une version restaurée et numérisée. Comme beaucoup de choses, le scénario futuriste de  SIMULACRON-3 a presque été dépassé par la réalité, mais seulement “presque”, car il reste, comme toujours dans la bonne science fiction, toujours un élément visionnaire qui n’est jamais tout à fait dépassé ou même suranné.
 
Rainer Werner Fassbinder et le jeune génie Michael Ballhaus avaient anticipé l’esthétique et le montage associatif de séries comme CSI. Dans LE MONDE SUR LE FIL, Ballhaus emploie déjà de manière virtuose des travelling de 360 degrés  longtemps avant de tourner autour de Michelle Pfeiffer dans SUSIE ET LES BAKER BOYS. La clareté des images a un côté intemporel, bande-dessinée, comparable à la peinture de l’op art et du pop art de cette époque. 
 
Ce lien de parenté avec l’art plastique est encore renforcé par le jeu stylisé des “suspects habituels” de la troupe Fassbinder: aux côtés d’un dominant Klaus Löwitsch qui a encore force de la jeunesse, on retrouve les non moins remarquables Kurt Raab, Günter Lamprecht (qui sera plus tard le Biberkopf de BERLIN ALEXANDERPLATZ) Gottfried John, Karl-Heinz Vosgerau  et surtout Walter Sedlmayr. Fassbinder a redécouvert des vedettes du cinéma allemand des années 50, comme Adrian Hoven und Ivan Desny, que le Jeune Cinéma Alemand (moi aussi d’ailleurs) avait négligés d’une façon impardonnable. Côté féminin, Margit Carstensen, Mascha Rabben et Katrin Schaake, ont des grands moments. Grâce à la présence de personalités comme Werner Schroeter, Eddie Constantine, Karsten Peters (AZ), Rainer Langhans, Doris Mattes, Christine Kaufmann et bien d’autres encore, ce film est par ailleurs aussi un document unique de cette époque dont Fassbinder dresse un portrait aussi tendre qu’impitoyable.
 
Aujourd’hui, où l’on peut voir tous les soirs des épisode rediffusés de DERRICK et du RENARD , il est important de rappeler ce qui distingue Fassbinder de séries des années 70: il a réussi à élever la trivialité au rang d’une forme d’art.
 
 
Berlin, le 27 janvier 2009 

 
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